ANTARCTIQUE

2013 - 2ème expédition en Antarctique

Expédition voile et ski-découverte / 24.11.2014 au 25.12.2013

Voilier : Podorange - (Equipage Brice - Corinne - John) - Voile-australe.com
Guide : René Corompt - France

Film: Marc Decrey   /   Chamade.ch   

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2005 - Expédition en Antarctique
Départ pour le GRAND SUD ! Ushuaia - Canal de Beagle
 
Extrait du carnet de voyage

19 février 2005 / En vol au-dessus de l'Atlantique


Physiquement présent, mais mentalement déjà dans le sud, préoccupé constamment par la traversée du Détroit de Drake qui nous attend, l’imaginant mille fois, "piaule" d’ouest dans la mature, vagues et houles impressionnantes, comme si souvent lus dans les récits et vus par les photographies ou films d’aventuriers et de coursiers. Bref, le souffle des mers du Sud ne me lâche plus. Peut-on vraiment rester indifférent à l’idée de tracer sa route au large du Cap Horn, direction l’Antarctique, dans ces parages de mauvaise réputation ......

23 février 2005

....Ile Lennox.... Ainsi nous voilà au pied du mur. Il nous faut d’abord franchir une soixantaine de milles pour quitter le plateau continental puis près de 500 milles de haute mer nous attendent avant de toucher le premier archipel en Antarctique, soit 8 degrés de latitude plus au sud, vers le 64ème parallèle. Malgré la météo du soir peu favorable, le départ est donné pour le lendemain matin....

Detroit de Drake 
 24 février 2005

... La descente de la baie de Nassau se déroule à bon train dans une mer déjà formée mais très acceptable. Puis malgré le vent encore modeste, la vague se fait de plus en plus haute, signe des hauts fonds qui entourent le cap Horn. Par quarts de 2 heures, on commence alors les tournus. Le bateau roule et tangue maintenant copieusement, le vent fraîchit et à la barre, çà devient assez sport. Dans la soirée, on a le Horn par le travers et la météo inquiète bientôt les esprits. En effet, la prévision pour la nuit nous promet des heures à venir dignes des grandes lessives maritimes.

Dès 22 heures le vent s’établit à 40 nœuds et la nuit il monte à 50 nœuds pendant plus de 2 ou 3 heures. Le bateau est laissé à la cape et, à bord, c’est un peu le cauchemar. En quelques heures, hormis le skipper, l’équipage est à peu de choses près anéanti par le mal de mer. Certains nauséeux voire sans forces, d'autres déjà bien malades. Dehors, dans la nuit, le vent hurle sa colère et le spectacle bien que réduit, est très impressionnant. Ajouté aux lieux fréquentés, l’angoisse est bien présente. A bord c’est l’essoreuse, le bateau encaisse de puissantes vagues par le travers dans un fracas impressionnant.

Le pilote automatique a pris en charge le bateau. Etendu au fond de la cabine, je lutte contre le mal de mer, sensation qui m'avait été épargnée jusqu'alors. Il faut dire que le mouvement du bateau est particulièrement violent, les creux atteignant maintenant les 6 mètres. La nuit n’en finit plus de hurler ..... les minutes s’égrènent lentement entre chaque coup de boutoir de la mer qui s’écrase sur le pont.

Jusqu’à midi, les 40 nœuds restent établis puis enfin çà mollit quelque peu à mon grand soulagement. La toile étant un peu renvoyée je prends la barre un moment, pré bon plein. Diable ! le bateau est vraiment dur, les embruns cinglent violemment le visage, le froid est déjà vif et la mer encore assez puissante. Emmitouflé et ganté, il ne reste guère que mes deux verres de lunettes exposés aux éléments. Le spectacle de cette mer aux creux importants mais heureusement peu agressifs est extraordinairement puissant et c’est presque un jeu que de baisser la tête à chaque fois que l’un d’eux monte à bord, douche cinglante et glaçante. Il est clair que barrer plus d’une demie heure dans ces conditions, ce n’est plus tenable et d’ailleurs je jette l’éponge bientôt gelé....





Archipel Melchior
1er mars 2005
 ...16 heures, l’archipel Melchior est devant nous, çà sent la terre … enfin !!!… tant désirée bien que peu hospitalière. Et toujours ce ciel immensément gris et bas. Quelle grandiose tristesse ! Un petit café achève de m’apporter quelque réconfort.

Enfin l’entrée dans la baie de Dallmann ressemble à un accueil digne des meilleurs offices de tourisme. On croirait que la population de la région a mobilisé ses meilleurs représentants. Tout d’abord quelques phoques se défoulent autour du bateau. Puis c'est le souffle d’une baleine qui surgit devant l’étrave,plonge sous la coque pour mieux ressurgir sur l’arrière. Pétrels et albatros ensuite avant que nous doublions un îlot peuplé d’une colonie de manchots qui s’enfuient à notre vue.

Il est près de 19 heures et avec la lumière crépusculaire, l’ambiance devient totalement surréaliste. L’eau est sombre, les icebergs semblent soutenir un ciel prêt à s’effondrer, les îles recouvertes de leur calotte glaciaire ruissellent de la pluie qui n’en finit plus de tomber. Décor cauchemardesque ! On s’engage dans une étroite passe aux flancs glaciaires hauts d’une bonne cinquantaine de mètres puis après un franc coup de barre sur bâbord, on découvre notre lieu de mouillage…



La nuit fut finalement moyenne, le moteur pourtant stoppé bourdonnant encore dans ma tête, et les rêves sans queue ni tête se bousculant dans l’esprit. Par moment j’ai la sensation d’étouffer. La cabine dégouline de partout, l’air étant saturé d’humidité. Enfin le matin se pointe et avec lui, je l’avais pressenti, un soleil déjà bien généreux inonde les crêtes voisines....

...A mesure que l’on gagne quelque hauteur, le moral s’emballe, l’enthousiasme nous envahit. Le ciel est déchiré entre un bleu cristallin et quelques nuages transparents. La lumière donne à ces lieux un aspect magique. Il faut dire que l’endroit est magique.

Au fond de la baie, le bateau apparaît bien dérisoire, dominé qu’il est par ces impressionnantes calottes glaciaires. On dérange quelques pétrels proches de leur nid, puis un phoque de Wedell nous fait comprendre de bien vouloir respecter la distance. Plus loin une immense corniche nous force à quelque prudence. On découvre vers le sud d’autres îles avec au loin la terre de Graham et ses imposantes montagnes.



Au mouillage


3 mars 2005


Ce matin, c’est vraiment le grand beau temps. Dès la passe franchie, la vue sur l’île de Brabant vers l’W et sur l’île d’Anvers avec le Mont Français vers le SE est fantastique. On fait route dans une lumière extraordinaire. On double un énorme iceberg tabulaire vraisemblablement détaché de la mer de Wedell et venu faire un détour en Péninsule au gré des vents et des courants. Plus loin c’est la rencontre avec plusieurs familles de baleines dont certaines vont venir côtoyer notre coque de très près.

Detroit de Gerlache - Iceberg tabulaire

On double un nouveau cap dominé par un sommet aux allures himalayennes, aux faces presque verticales et plâtrées de neige. La traversée du détroit de Gerlache nous réserve un vent frais de 30 nœuds par des températures négatives. On est alors vite ramené aux dures réalités de la région. La mer lève très vite, le bateau roule et les embruns glacés cinglent à nouveau le visage. Enfoui sous nos capuchons, les relais à la barre sont réfrigérants.



4 mars 2005

Paradise Bay – base chilienne de Videla

On gagne une petite base chilienne, déserte en ces temps automnaux. A nouveau le mouillage ne va pas sans problèmes, la glace encombrant les lieux. Enfin installé, le ciel s’ouvre alors et nous offre un coucher de soleil qui embrase littéralement toute la région, avec des lumières à vous couper le souffle. Quel moment magique !



5 mars 2005

4ème jour sur zone et encore une grande journée ensoleillée en perspective. Pour l’instant, c’est un vrai carton plein. On apprécie notre immense chance quand on sait que les deux derniers mois ont totalisé à peine 7 jours de beau temps et que les 15 derniers jours, le mauvais temps s’est acharné sur la région.....



Terre de Graham

Ce matin on met à nouveau pied à terre, et quelle terre, cette fois c’est la terre de Graham, le vrai continent Antarctique ! On grimpe encore une fois sur quelque hauteur voisines, le sommet qui nous domine nécessitant un encordement et des crampons. La vue est encore une fois extraordinaire. Au loin se dresse le majestueux Mont Français avec son immense arête sud évidente et si pure, haute de ses 3000 mètres de dénivellation. Tout autour de nous, ce n’est qu’univers de glace. Même la mer semble cette fois figée par le froid régnant.....





Paradise Bay

Nous profitons d’un puissant bain de soleil avant de nous déplacer quelques milles plus au sud vers un nouveau mouillage. La navigation au moteur est prudente car ici la baie est particulièrement encombrée de glace.



6 mars 2005

....Le matin dès la sortie de la baie, la traversée du détroit de Gerlache nous a réservé un bon vent de 25 nœuds de NE absolument glacial. La barre déjà difficile à tenir quand le bateau roule fortement, il faut encore repérer les nombreux growlers disséminés comme des mines parmi la mer moutonneuse. Même emmitouflé comme jamais, le froid me gagne, les pieds se congèlent, les mains m’échappent si bien que quelques exercices de réchauffement deviennent nécessaires. Le temps quelque peu couvert ce jour laisse néanmoins transparaître un soleil bien visible diffusant sur les montagnes environnantes une lumière d’un bleu gris glacial. Impressionnant le Mont Luigi et son pain de sucre glace voisin, parois si abruptes et arêtes si cornichées et effilées qu’on se demande comment l’ensemble peut bien tenir debout...

Canal Pelletier




....On contourne une île par le sud pour s’engager vent de face le canal « Pelletier », long et étroit goulet piégeux qui mène vers « Port Locroy » dans une ambiance très alpine, dominé au sud par de hautes parois rocheuses et goulettes de glace. On s’enfonce littéralement dans la montagne, dans ce qui semble être un grand cul-de-sac fermé par de hauts glaciers. On évite un îlot dangereux pour ses hauts fonds puis soudain, alors qu’on va bientôt buter au fond du chenal, s’ouvre sur bâbord la petite passe d’accès à Port-Locroy. Jaak, à la barre, est transit alors que je monte la garde sous le vent.....



7 mars 2005

Port Locroy

Le ciel ce matin présage d’une nouvelle journée splendide et « douce ». Et elle le sera ! Oh, ne nous affolons pas, si le soleil darde de francs rayons, il y a juste de quoi tomber la veste sur le pont, et encore, seulement si l’air est calme. Nous profitons du matin pour effectuer une petite visite de la base historique de Port-Locroy avec son petit musée, envoyons quelques cartes postales grâce du rare « Post Office » présent sur ce continent.....



Dorian Bay

....on part ensuite en repérage pour l’éventuelle ascension le lendemain du sommet qui domine la baie. Non sans difficultés on trouve un endroit pour prendre pied sur la calotte glaciaire puis on suit son échine pour découvrir en contrebas à gauche la petite baie de « Dorian » et son refuge « anglais » désert.....

Dorian Bay et le Mont-Français

Tombée du jour à Port Locroy



Dorian Bay

....La lumière aujourd’hui est vraiment irréelle, la visibilité est maximum. Quelques nuages donnent quelques touches d’ombre, relevant encore mieux les reliefs alentours. Cet endroit respire la paix absolue, la sérénité, l’éternité. Le temps semble s’être arrêté. Le Mont-Français, cette fois droit en face et si proche, se donne des allures de Mont-Blanc. Son immense arête sud et glaciaire, est dressée là comme un « I » , comme une évidence, comme un rêve d’alpiniste. 2 jours d’ascension en conditions himalayennes pour gravir ces 3000 mètres de dénivellation et atteindre la calotte sommitale. Horizons majestueux, « douceur climatique », le temps est à la contemplation. Antarctique, sixième continent ? Continent hors norme, hors du temps et de la marche du monde, loin des hommes, vertigineux !.....



Fin mars - le retour de l'hiver s'annonce



13 mars 2005

Cap Horn - Le retour !

5ème jour de mer - Conformément à notre estime météo, touchant enfin l’arrière d'une modeste dépression, le vent s’oriente au SW et devient enfin portant. Il monte toutefois encore d’un cran et s’établit à 30 nœuds. Au largue, sous génois, le bateau cavale à plus de 7 nœuds de moyenne. On bouffe maintenant du mille avec un rare bonheur. Les rafales se succèdent, et les 40 nœuds sont maintenant presque établis. C’est toujours plus sport à bord, que ce soit pour se déplacer et avaler quelque chose. La concentration est de mise si on ne veut pas risquer de se faire propulser à travers la cabine et se fracasser sur l’autre bord. La nuit tombe alors que l’on s’accorde un en-cas en guise de repas. Le vent est maintenant grand largue et le régulateur d’allure n’assume plus vraiment le contrôle du bateau. Pour régler le problème, vers 22 heures une pièce du cardan se rompt ce qui nous oblige à prendre la barre.

J’ai l’honneur de débuter les festivités vers 22 h 30 et au grand largue, limite de la panne, je me fais quelques soucis. La nuit est d’encre, le ciel couvert, à l'intérieur l’équipage est au repos, tous feux éteints.

Autant dire qu’en dehors du compas et de la girouette en tête de mât, je n’y vois rien. A plus de 9 ou 10 nœuds, la griserie est proportionnelle à la tension. La barre est assez dure mais le bateau réagit plutôt sainement. Par moment je me pince pour être sûr de ne pas rêver, de bien me trouver là à près de 100 milles au sud du Cap Horn contrôlant seul ces 15 tonnes lancées à près de 10 nœuds, fonçant dans les ténèbres. Par moments, j’en attrape le tournis, j’aperçois sur l’avant des phénomènes qui ne sont que le fruit de mon imagination.

La mer gronde gentiment alentour puis élève soudainement le ton derrière moi. Je n’ose pas me retourner. Une violente poussée prend le bateau par l’arrière, je m’agrippe à la barre et me recroqueville m’attendant à recevoir un paquet de mer sur la tête. Le bateau part alors dans un « surf » effréné et malgré la nuit noire, je distingue l’immense moustache d’écume qui remonte de l’étrave. Philos a dû affoler son speedomètre et pour mon compte, l’adrénaline m’a envahit. Un grain achève de me compliquer la tâche, mais heureusement la température n’a plus de commune mesure avec les jours précédents......

14 mars 2005

......Le cap Horn est là droit devant, irrél sous cette couverture nuageuse et cette lumière sauvage. Sentiment étrange ! Etonnamment pour ces lieux tout est bien calme, le vent est tombé mais une grosse houle de près de trois mètres donne l’impression que l’océan respire. Reprend-il son souffle ? son prochain coup de geule ne tadera sûrement pas!