GROENLAND

2012  -   SCHWEIZERLAND  -  Expédition ski-pulka
2011  -   TO BE au nord TO BE !
2011  -   ALPES DE MANIITSOQ - Paradis du ski de randonnée !   Voir la VIDEO associée
2011  -   BAIE DE DISKO - Cabotage "on the rocks!"      Voir la VIDEO associée
2010  -   LIVERPOOL LAND - Véritable joyau arctique














    2012 - GROENLAND

    Voir le récit .... " MOMENT CHOISIS ! " .... sous page "Carnet de notes"

    Schweizerland  - Haute-Route - Bassin glaciaire du "Karale"
    Expédition à ski-pulka du 29 mars au 13 avril 2012

    Le Schweizerland (que l'on peut traduire librement par "la Suisse" ou les Alpes Suisses") est un vaste massif qui se situe sur le cercle polaire arctique. Culminant à 3360 m au Mont Forel, ces montagnes sont, elles aussi, parcourues par d'énormes glaciers aux noms parfois familiers : Glacier de France, du Pourquoi-Pas ?, de Franche-Comté ou de Paris. Témoignage du passage d'un certain Paul-Emile Victor...

    Groenland - Kulusuk et Schweizerland


    Rouge foncé = Parcours en traineux avec les chiens / Bleu = Parcours à ski et pulkas / Violet = Randonnées à ski


    Notre périple nous a  permis d'explorer la partie méridionale de ces montagnes, entre les extrémités nord des fjords Sermiligaq et Sermilik, et celui plus reculé de Kangertitivatsiaq : un massif dans le massif, s'étendant sur plus de 500 km2, parcouru par un vaste système glaciaire (Glaciers Kârale, Knud Rasmussen, du 16 Septembre...), ceinturant des sommets de plus de 2000 mètres.

    Le massif lui-même a été atteint après un parcours de près de 60 kilomètres en traineaux et chiens et motoneige. La reprise et le retour se sont effectués de la même façon.


    Kulusuk - Un aéroport qui s'est fait attendre .....


    Transition directe sur les traineaux - C'est parti pour 60 km ......


    Parcours sur les fjords englacés ... Nous croisons quelques "immeubles" de banlieue...


    Paraissant d'un autre âge et pourtant encore bien actuel et très efficace...!


    Sans attendre ... une première ascencion à ski !



    Et déjà subjugé ! Le paysage est époustouflant !


    Ombre et lumière ! On  émerge au-dessus du brouillard !







    Malgré la faible altitude, les randonnées à ski s'effectuent dans une ambiance très haute-montagne.







    Déplacement entre deux camps




    Très fun les déplacements en pulka ....  quant le vent est de la partie .... !












    Du "Ski-peak", vue sur l'impressionnant "Storebror "

    Le fjord "Sermilik" et le Schweizerland, vaste contrefort avant l'immense calotte glacaire du Groenland

    Horizons à perte de vue ... Une immensité à vous donner le tourni !













    Retour de pêche

    Kuummiut - Accueil des enfants

    Voyage de retour

    Kulusuk

    La jeunesse Inuit tout sourire












    2011 - TO BE AU NORD TO BE !
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    Voilà bientôt 3 heures que nous avons survolé successivement le sud norvégien, les îles Shetland, puis les îles Féroé et enfin les côtes de l’Islande. Une fois traversé la mer du Groenland, les premières plaques de glace annoncent la proche banquise puis bientôt quelques découpes plus marquées confirment la présence de la côte.

    Fascinante côte Est où tout est immensément blanc certes, mais de blancs multiples alors que l’on survole un fjord englacé, un glacier tourmenté et griffé d’innombrables crevasses ou encore au détour d’un sommet surgit de nulle part.

    Puis succède alors un important massif montagneux aux multiples pics éparpillés çà et là dans un grandiose désordre, on aperçoit au loin ce qui pourrait bien être le Mont Gunnbjorn dominant de ses 3'733 m l’immense île.

    On reste subjugué par le spectacle d’un territoire escarpé figé à jamais dans la glace, grand espace vide, inhabité, inhabitable, inhospitalier. Belle transposition de la vision d’une ère glaciaire bien réelle ici et pourtant témoin de temps tellement ancien sous nos contrées.

    Le massif se fond peu à peu dans la glace qui reprend tout ses droits, qui s’impose bientôt comme seul maître et seigneur des lieux. Alors que commence le long survol de l’inlandsis, l’impression visuelle change radicalement. Les divers sommets qui nous donnaient encore un rapport vertical avec le monde laisse la place ici à la plus pure horizontalité. Distances infinies, vide vertigineux, désolation angoissante, uniformité absolue, territoire de glace sans repère où le sud a perdu le nord, l’est indifférent à son ouest, survol de l’imperceptible dôme qui bien que culminant à plus de 3’200m à son centre, paraît aussi plat que notre globe pouvait le laisser croire à nos ancêtres. 


    Le regard s’échappe du hublot, plonge au milieu de cette blancheur ouatinée, en quête de sérénité, de son goût, de son ivresse, en quête du bruit du silence qui, s’il le fallait encore, est étouffé un peu plus par la neige ! Et puis non, d’un coup vous vous imaginez explorateur, grand conquérant de l’arctique, guerrier ou chasseur au milieu des hurlements des chiens de traîneaux assoiffés d’espace ou alors, en plus moderne, kyte-surfeur intrépide chevauchant les multiples vagues figées, cristallisées, glissant vers l’infini, emporté par les vents ici seuls souffles de vie, seuls souffles vers la vie… Longue cavalcade sur un territoire où le kilomètre premier ne diffère en rien du kilomètre dernier, exacte définition de la platitude parfaite, de l’absolue monotonie, et pourtant surfeur épris de plénitude existentielle au milieu du grand vide existentiel.

    Mon nez bute sur le hublot, rappel à la réalité alors que je me gave de cette immensité, n’en laissant miette, jusqu’aux premiers signes d’essoufflement de la calotte, jusqu’aux premières crevasses annonciatrices de langues glaciaires qui bientôt viennent s’échouer sur la steppe, s’étirant, s’étalant sans fin, comme épuisée de leur si long parcours.


    Et puis déjà l’étroit territoire aride est lacéré de profonds fjords, que lui dispute la mer …. Climat très rude et froid, terres exiguës et arides, l’homme a malgré tout trouvé ici une très modeste place dans les quelques lieux que la nature a bien voulu lui accorder. Aujourd’hui quelques 57'000 habitants se répartissent dans les quelques villages disséminés essentiellement le long de la côte ouest et sud, domestiquant moins du 5% de la surface un tant soit peu hospitalière de l’île.

















    Avril 2011 - ALPES DE MANIITSOQ - Paradis du bateau-ski de randonnée!
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    Bastion montagneux situé sur la côte ouest du Groenland à la hauteur du 69ème parallèle, les Alpes de Maniitsoq constitue a plus d’un titre un véritable joyaux pour qui pratique le ski de randonnée. En effet, cerné à l’est par la calotte glaciaire qui déverse ses glaces, cernant et ceinturant de nombreux sommets et vers l’Ouest  par la mer, ce massif est parcouru de plusieurs fjord profond, aussi abrupts que très sauvages.



    Homburger Land
    Si l’altitude des sommets reste très moyenne (entre 1'000 et 2’200 m) il ne faut pas se méprendre sur la qualité du terrain rencontré. On est ici, dès le rivage abordé, en haute voire en très haute montagne. Il faut ainsi se faufiler aux tréfonds du fjord de l’Eternité, l’un des plus spectaculaire, et côtoyer ainsi les sommets qui vous toisent de leur quelque 1'800 m, dominant l’abîme de leurs parois ou glaciers suspendus. De même chaque brèche dans la muraille ou chaque vallon font ici le lit d’innombrables glaciers venant s’effondrer dans la mer. 



     
    C’est peu dire que la pratique du ski de randonnée est ici envoûtante, associée à une qualité de neige le plus souvent excellente. Cerise sur le gâteau, l’accès difficile de ces lieux vous garantit une quasi solitude. En effet malgré la concurrence de l’héliski qui a ici aussi marqué son empreinte, son impact reste extrêmement modeste puisqu’on ne compte qu’un hélicoptère pour toute la région et ce, quelques courtes semaines par an pendant la saison.

    On est donc ici au Royaume des grands espaces encore vierges, en terrain glaciaire le plus souvent assez tourmenté, crevassé et qu’il s’agit de savoir négocier. Mais combien de splendides cavalcades à ski dans un paysage si grandiose !  


    Festival à skis !

    Route barrée! Splendide pour y passer la nuit !

    Quelle sensation de légèreté dans pareil décor!

    Grands .... très grands horizons !


    L'infiniment petit côtoie l'infiniment grand!

    Coup d'oeil vers la mer et l'ouest ... La Terre de Baffin comme prochain horizon !?!

    Pure ivresse !

    Vallée Blanche groenlandaise !






    Parcours miné !






    Horizons !



     
    Folle chevauchée avant de rejoindre le bateau qui nous surveille du fond du fjord !



    Fjord de l'Eternité ! Quand les sommets vous toisent ...!

    Gîte et couvert ne sont jamais loin !



    Bastion montagneux avant un millier de kilomètre glaciaire !



    Porte de l'enfer ou du paradis ! Il faut bien choisir !


    Qui préférerait la plage ?

    Dernières glissades sur la langue !









































































    Mai 2011 - BAIE DE DISKO - Cabotage "on the rocks!"
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    Située sur la côte ouest du Groenland, à la hauteur du 69ème parallèle, la petite bourgade d’Ilulissat côtoie l’embouchure d’un grand fjord dans lequel se déverse l’un des rares glaciers par lequel l’Inlandsis déverse directement sa masse glaciaire dans la mer.

    Survol de la baie de Disko - Grandiose !

    Ilulissat - le port

    Ilulissat - l'église

     
    Glacier très actif et l’un des plus rapide au monde avec une avance quotidienne de près de 19 mètres, son vêlage nourrit sans relâche le fjord qui, à son tour inonde d’innombrables icebergs la baie de Disko qui lui fait suite. 
    La baie de Disko au crépuscule

    Le grand fracas d’un glacier s’écroulant dans un fjord étroit et encombré de glace et d’iceberg crée un phénomène naturel tout à fait spectaculaire et grandiose. Site classé au patrimoine de l’Unesco depuis 2004, relativement facile d’accès, il offre aux scientifiques un remarquable point d’observation et d’enrichissement en ce qui concerne la connaissance de la glaciologie de la calotte groenlandaise et, aux visiteurs, un spectacle naturel mémorable. 



    Cabotage

    Notre petit bateau de pêche convertit pour l’occasion en caboteur touristique d’une dizaine de places marque son sillage dans une mer d’huile. Il paraît encore fier l’esquif à l’instar de ses passagers partis à l’assaut du pack et des majestueux icebergs du fjord d’Ilulissat. Remarquez que dans la grandeur de cet environnement démesuré, le terme coquille de noix est bien plus adéquat pour décrire notre dérisoire embarcation.


    Passés les premières plaques de glace, bousculés les premiers growlers, la route s’avère rapidement très encombrée, voire très chaotique. Mais il est toujours très fier l’esquif, à l’inverse de ses passagers qui palissent peu à peu alors que la coque affronte bientôt d’imposants blocs qui ne s’en laissent guère compter, que de sinistres craquements s’échappent des bas-fonds d’une étrave que l’on souhaite  vraiment renforcée, que l’on aperçoit çà et là les traces de peinture que la glace a arraché aux bordés, que le parcours se transforme en partie de bateau tamponneur, gaz arrière puis avant toute, à fond, propulsant l’étrave vaillante dans un violent affrontement, vain combat contre un growlers récalcitrant. C’est sûr, la voie d’eau est imminente, le bain glacé bientôt promis, le regard inquiet déjà porté sur le canot de sauvetage attendant l’ordre d’être déployé. Ne manque que l’imperturbable orchestre ne cessant de jouer sa partition pour donner du courage aux futurs naufragés !



    Ah la fougue de la jeunesse de nos pilotes !!! Pourtant le moteur est bientôt arrêté. Place est laissée au silence, à la contemplation, place est faite à la danse des glaces chorégraphiée par un courant soutenu tout autour de nous. Immersion totale dans un décor fantasmagorique, face à face entre l’être nano biologique confronté à une nature macro puissante. Nous nous sentons poussière au milieu de l’immense vêlage glaciaire, berceau de la naissance de mastodontes de glace promis à de très longs voyages, témoins ici disséminés par la calotte glaciaire tels des vestiges millénaires mis à nu, spectacle sans cesse renouvelé au gré des vents et des courants. Notre regard est celui de l’enfant découvrant le monde ! Belle leçon d’humilité !









    Jeux de lumières !

























    LIVERPOOL LAND - Véritable joyau arctique"
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    Expédition réalisée du 19 mars au 2 avril 2010
    Guide : Michael Charavin

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    Situé par 70 degrés de latitude nord et 22 degrés de longitude ouest, gardant l’entrée du Scoresbysund, le plus grand fjord au monde, le Liverpool Land comprend un territoire qui s’étend sur près de 100 km le long de la côte est du Groeland pour une largeur d’une quarantaine de kilomètres.

    Au contraire de l’immense calotte glaciaire qui recouvre la majorité du territoire groenlandais, deuxième plus grande au monde après l’Antarctique, le Liverpool Land constitue un véritable petit joyau au caractère très alpin qui concentre sur sa modeste superficie à peu près tout ce qui peut être offert au voyageur passionné des régions arctiques. Sommets granitiques acérés et platrés en hiver, calottes et vallées glaciaires, fjord profonds et encaissés, glaciers vêlants, banquise, pack et hummocks, icebergs dérivant, tout n’est ici qu’un enchantement sans cesse renouvelé.


    De Constable Point, improbable aéroport constitué d’une modeste piste englacée entourée de trois hangars en tôle et d’un sobre assemblage de portakabins, nous semblons un peu débarqué au milieu de nulle part et plutôt fraichement accueilli (-20 degrés)… Pourtant, cette ancienne base de recherche minière sert aujourd’hui de relai héliporté jusqu’au village d’"Ittoqquortoormiit", hameau « Inuit » situé 40 km plus au sud et dernier rassemblement humain sur la côte est. Plus au nord, 1500 km de côte vous attendent où vous ne trouverez plus trace de vie humaine permanente.


    A l'assaut du Liverpool Land

    Un ciel parfaitement clair, bercé par la lumière d’un généreux croissant de lune, présageait d’une nuit froide, très froide……… -35 degrés !!!
    Ce matin un franc soleil vient peu à peu caresser nos tentes, nous procurant rapidement une agréable sensation de douceur. Après la traversée du « Hurry fjord », il est temps ce jour d’achever notre remontée de la vallée du Seedal et d’attaquer les premiers ressauts morainiques qui doivent nous mener au pied du « Bjerning Pederses Gletscher », de ses premières pentes soutenues, de son col à franchir, sorte de porte d’entrée du Liverpool Land. Et 50 kg à tracter dans les raidars qui se succèdent nous plongent très vite dans la réalité physique de cette « Haute Route arctique ».


    On entre cette fois dans le vif du sujet. Le glacier est là qui nous attend de sa pente, soutenue au début et qui va s’arrondissant au fil des kilomètres parcourus. Le paysage devient rapidement très alpin, immense, immaculé d’une neige fraichement tombée. Il faut désormais faire la trace, tâche certes ardue, mais l’âme alerte tant les lieux apparaissent extraodinaires. L’impression de solitude vous gagne soudainement. On se prend alors pour les premiers conquérants d’un territoire qui s’offre à vous, vierge de toute trace humaine. On ne croisera d’ailleurs ni trace ni personne pendant presque tout notre périple en ces lieux.


    Emmitoufflés dans nos multiples couches, cagoule, bonnet, masque et lunettes, la marche devient aussi intérieure, propice à l’introspection. La pente s’adoucit mais le col semble encore fuir devant nous au fur et à mesure de notre avance. Imperceptiblement pourtant, la pente s’inverse, la descente commence, on trace notre sillon évitant soigneusement les reliefs trop prononcés susceptibles de nous cacher ses pièges crevassés. A la jonction de deux glaciers nous installons notre 4ème campement.


    Coup de redoux, nuages et quelques centimètres de neige fraîche à la clef, le camp se réveille dans le coton. 300 m de dénivelation nous attendent à nouveau pour gagner le prochain col qui nous tend les bras. Et pourtant il faudra les gagner de haute lutte ces 300 mètres, pour hisser nos traineaux dans cette neige profonde. Le soleil n’est déjà plus très loin, qui s’infiltre entre les nuages, tissant de ses rais de magiques mais éphémères toiles lumineuses.


    Nous cotoyons les sommets les plus haut du massif (1'430 m), puissantes cimes telles des cathédrales. De leur sommet courent d’incroyables arêtes ciselées par une suite d’innombrables aiguilles dressant leurs aspérités vers le ciel tels des minarets alignés en rang.


    La route se poursuit, il nous faut gagner le pied du glacier, éviter son immense front par une moraine latérale.


    Nous franchissons à son pied une ligne de fracture, sorte de rimaye entre la banquise et la côte, nous pénétrons sur la mer ………. Nous voilà marins, naviguant avec nos frêles esquifs. Nous jetons l’ancre pour notre 5ème campement.


    Croisière en mer

    Ce matin, alors que ma tête émerge de la tente, le temps semble s’être arrêté. La configuration des lieux baignés dans la lumière matinale m’abassourdi. L’impression est inqualifiable, les lieux surréalistes …. Un immense front glaciaire en guise de front de mer, une banquise immaculée, ouatinée, baignée dans une légère brume illuminée d’un soleil encore rasant, c’est à vous couper le souffle… !!! Je reste sans voix, m’emplissant de la magie des lieux …..


    Cap à l’est pour gagner le large. La neige toujours très profonde limite notre allure à moins de 2 nœuds. La mer est cependant « d’huile », figée, lisse. Passé un premier promontoire, le vent a fait son œuvre, la banquise se durcit, l’allure augmente. Nous laissons l’île de Rathbone à l’est et la journée s’achevant déjà, au milieu de nulle part, nous arrêtons nos embarcations pour ce 2ème bivouac en pleine « mer ».


    Notre « croisière » se poursuit jusqu’à contourner les deux ilôts « Parker » bien détachés de la côte.


    Le large est à portée de spatule et l’état de la mer s’en ressent.Comme toujours, au contournement d’un cap, elle s’agite, tiraillée entre les forces des courants et des vents. Sous ces multiples contraintes la banquise se déchire, se tord, s’agglomère … c’est le chaos. Notre progression se transforme en un jeu plutôt amusant, cherchant notre passage au travers des innombrables « hummocks ».


    Sous la douce lumière d’un soleil déclinant, mètres après mètres nous avançons vers l’étrange….


    Le Monolithe...

    Surgi sur notre horizon, l’objet grandit imperceptiblement, guidant vers lui notre route comme une force d’attraction incontournable. Bientôt à son pied, dans un grand silence, je m’arrête, stupéfait, interrogateur, face à cette masse si imposante… Résonne alors l’appel des trompettes, le bruit profond de l’alternance des timbales, les sons de la révélation … souvenez-vous …. L’œuvre empruntée à Richard Strauss…« 2001 l’Odyssée de l’espace ».


    Retour à notre pauvre condition! Installé là au pied du monolithe, à l’abri de notre tente mess, il nous faut reprendre notre quotidienne et dérisoire « guerre du feu », modeste lutte, allumettes à la main, à tenter de dominer nos réchauds MSR un peu récalcitrant.

    Aurores boréales

    Cette nuit le ciel est, encore une fois, totalement étoilé, partageant son espace avec une lune bienveillante. Au détour d’un regard vers un sommet, un immense frisson me parcourt de la tête au pied. Commence à virevolter au-dessus de nous d’immenses et étranges draperies, d’abord d'un timide vert pâle, évoluant en de lentes ondulations avant que, soudain, elles ne s’embrasent en un somptueux feu d’artifice. Dans une succession de couleurs, l’étrange ballet luminescent s’amenuise bientôt pour reprendre de plus belle un peu plus tard.

    Cimetière englacé!

    Nous remontons lentement le « Vjele fjord ». D’abord parsemés de rares icebergs isolés, au fur et à mesure de notre avance, ils se font toujours plus nombreux pour finir dans un véritable encombrement.


    Au gré des courants, ceux-ci semblent venus chercher ici un abri, avant de se faire pièger dans l‘étoitesse du fjord, tels des poissons pris dans leur nasse.


    L’hiver venu, la banquise s’est refermée sur eux et c’est alors que s’est créé cet incroyable univers carcéral. Nous louvoyons au travers de cette multitude de temples englacés, aux architectures souvent surprenantes, toujours imposantes.


    Le fjord se rétrécit et bientôt nous franchissons les portes du pénitencier, laissant dernière nous, à leur lente agonie et à leur destinée, ces masses majestueuses.


    Porte de l’enfer alors que peut surgir le vent, la neige et la tempête ! Porte du paradis aujourd’hui, sous cette tendre et trop parfaite lumière ! La limite est si ténue…… Poussières, nous retournerons à la poussière ! Eau, ils retourneront à l’eau ……….
    Nous avons repris notre haute route, laissant derrière nous la mer, pour se hisser à nouveau par la moraine sur un ultime glacier qu’il nous faut encore remonter.


    La pente s’est à nouveau sérieusement accentuée nous forçant à tracer très laborieusement, pas après pas, notre minuscule sillon. Puis encore une fois, la pente s’est adoucie, mais encore une fois, un col pouvant en cacher un autre, son franchissement semble se refuser à nous…. Ah ces distances trompeuses !


    Enfin atteint, le paysage s’ouvre à nous vers le nord du massif, avec en point de mire un magnifique sommet parcouru sur son flanc par un splendide et interminable couloir, courant de son point culminant ensoleillé jusque dans ses profondeurs ombragées. A faire rêver le premier amateur de ski de pente raide venu !


    L'Ursus maritimus!

    Nous ne l’avions pas croisé au Spitzberg, on l’avait presque oublié, l’ours polaire. Tant il est vrai que la raison nous pousse à penser qu’il doit chasser plus au large, à la faveur d’une banquise fracturée où le phoque émerge alors des profondeurs pour se prélasser sur la glace.

    Et puis soudain, là devant nos spatules, une trace, une incroyable trace surgie droit d’en haut, du cœur du massif, se jouant d’un imposant passage crevassé, et dévalant la pente pour courir vers le fond du fjord, là-bas vers la mer. Pas de doute, il ne peut s’agir que d’un ours, certes jeune à en juger l’envergure de l’empreinte, mais où l’on distingue clairement la marque de ses griffes. Plus encore, cette trace est relativement fraîche, peut-être même très fraîche ……. Un regard sur la carte me porte à la quasi certitude que, vu la configuration des lieux, son parcours à dû croiser le notre quelques jours plus tôt, plus au sud. Juste une question de timing… mais il faut se rendre à l’évidence, nous n’étions pas totalement seuls dans la région.

    Constante contrainte de ces régions, pouvait-on compter sur le flair de Nina, notre chienne polaire, sur le fusil à portée de main ? Vigilance, tel reste l’enseignement!


    Dernier jour, dernière étape sous un franc soleil aux rayons caressants, un ciel serein. A mes côtés file à bonne allure, haletante et piquant régulièrement sa truffe dans la neige pour se désaltérer, Nina, notre chienne groenlandaise, notre traction 4x4 pattes intégrale qui, pour une fois, tracte ma pulka alors que je glisse sur mes skis dans une légéreté retrouvée vers notre destination finale. Je savoure ces instants de partage privilégiés avec elle, dans cette silencieuse complicité alors qu’elle me jette régulièrement son regard de coin.

    2009 - RAID POLAIRE AU SPITZBERG
    ou l'épopée au fond d'un congélateur